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Jouer avec les ombres -un petit bonheur à Nürnberg







Nürnberg, je veux dire le Salon du Jouet, c'est très grand. Douze halls à visiter en quelques jours, tels des chasseurs de champignons qui tantôt marchent le nez rivé au sol, tantôt lèvent les yeux et s'extasient devant la beauté d'un rayon de soleil à travers les arbres, parfois s'arrêtent sur un spécimen inconnu qui attise la curiosité, parfois marchent à grands pas car le terrain ne paraît pas propice à une bonne cueillette, enfin découvrent le bon coin : cèpes, coulemelles ou trompettes de la mort sont là, il n'y a plus qu'à remplir son panier, et d'avance les chasseurs déjà se régalent.
Je ne vous dirai pas encore ce que nous avons ramassé, Brieuc et moi. Quelquefois , quand on vide son panier à la cuisine, c'est la déception, tous ces champignons qu'il faut jeter car ils sont véreux ou douteux, quelquefois c'est magnifique, il faut être patient avant de les déguster. 

J'ai surtout envie de parler  du stand Il Leccio, celui de Vittorio, sur lequel nous nous sommes arrêtés juste pour le plaisir. Vittorio, c'est un fabricant de jouets en bois, mais surtout c'est un poète. Et j'aime toujours aller voir ce qu'il a inventé. Cette année, il a joué avec les ombres

Voici la réalisation de Vittorio : c'est une structure en bois qui ne veut rien dire... Il l'éclaire avec un spot, et l'ombre projetée est un magnifique portrait d'enfant. 
Sur un autre écran, on voit l'ombre d'un château avec des personnages au fenêtres, sur les tours, et quand on regarde d'où vient cette ombre, la construction en cubes qui est éclairée s'étale sur presque un mètre, les personnages ne sont pas du tout dans le château mais loin devant. Platon déjà nous racontait des histoires d'ombres trompeuses qui ne sont pas la réalité mais que nous prenons comme telles dans le Mythe de la Caverne... 


Cela nous a touchés, Brieuc et moi, car c'est un de nos dadas aussi, les ombres, et nous avons réalisé pour la ville d'Orly une exposition intitulée Jeux d'ombres il y a quatre ans. C'était une  commande des ludothèques et de Christine Mathieu. L'ombre était dans l'air, le Centre Pompidou  et  le Musée de La Villette (expo prolongée) proposaient une exposition sur le même thème la même année.


Alors voilà le jeu, d'après Vittorio :
Il faut disposer de temps, d'un espace dans un lieu où on peut faire le noir (ce qui manquait cruellement à Vittorio entouré de stands très lumineux) et où on peut laisser des choses "en plan". Il faut un écran (une grande toile blanche tendue) et un projecteur genre vidéoprojecteur qui éclaire sans baver. Et puis des trucs et des machins récupérés ici ou là. D'abord on choisit une silhouette, et on la dessine sur l'écran. Ensuite, on essaye de disposer les trucs et les machins de manière à ce que leur ombre s'accorde avec la silhouette dessinée sur la toile. 
Un jeu de patience très troublant, à jouer entre grands. Emotion garantie. D'ailleurs, Vittorio ne vend pas sa sculpture ni son ombre, il a pris tant de plaisir à la créer avec son grand fils, il ne s'en séparera jamais !


Et voilà le jeu d'après Brieuc : les vases communicants. L'ombre du vase donne l'impression de deux visages qui se font face de part d'autre. Prenez de la terre pour créer ce "vase" et découpez un profil dans du bois ou du carton épais. Quand la terre sera sur le tour de potier, évasez-la avec ce profil, vous obtiendrez une forme, qui, une fois éclairée de côté, donnera l'impression de voir 2 personnages. 

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