mercredi 15 juillet 2020

James Tissot et les jeux d'enfants




En visitant au Musée d'Orsay l'exposition consacrée à James Tissot, peintre de la deuxième partie du XIXème, j'ai rencontré des enfants qui jouaient.

Portait des enfants d'Emile Gaillard, James Tissot, huile sut toile,1868





Jeanne (2 ans) et son frère Joseph (4 ans) jouent avec une poupée en porcelaine, que Jeanne est en train de coiffer, tandis que les grands, Marie et Eugène, posent pour le peintre, ami de leur père, Émile Gaillard.







Sur le fauteuil, une autre poupée, une poupée noire. On trouve souvent des poupées noires sur les gravures représentant de petits anglais en train de jouer, ces poupées de chiffon, qu'on appelle Golly. Cette poupée-ci est en porcelaine, elle a un foulard noué sur les cheveux et porte robe et jupon, bas et chaussures, et surtout un tablier blanc, car elle est sans doute "au service" de la demoiselle-poupée qui se fait coiffer. Pour l'heure, elle est bien installée sur le fauteuil, alors que les autres jouets sont sur le tapis : un tambour et les wagons d'un train, une diligence, et des figurines, des vaches, abandonnés.

Les marrons que les enfants ont ramassés dans leur panier sont aussi importants que les "vrais" jouets, qui sont en marge du tableau.  

Croquet. James Tissot. Huile sur toile, 1878

Suzanne, elle, joue au croquet. On sent que la partie n'en finit pas, ce n'est pas à elle de jouer et elle tient son maillet comme font tous les joueurs qui attendent leur tour, s'appuyant le dos en quelque sorte. Du vécu.

Le petit Nemrod, James Tissot, huile sur toile 1882
Je ne sais pas comment s'appellent ces enfants qui jouent à la chasse au tigre. Le cheval à roulettes, est un  jouet couteux, tout comme l'épée, qui n'est pas une simple épée de bois, mais le chapeau est en papier journal. Et les petites filles qui font semblant d'être mortes se cachent sous des dépouilles de tigres comme on en rapportait des colonies. Les enfants jouent, dehors, avec ces peaux plutôt destinées à la décoration du salon, et la grande personne qui les accompagne ne s'en soucie guère, pourvu qu'ils s'amusent bien. 


Et maintenant une partie de cache-cache ! Si vous passez vite, vous voyez une petite fille à quatre pattes. Regardez mieux. Combien sont-ils ? où se cachent-ils ? On devine tout à fait à droite un visage, mais non, c'est une sculpture, dans l'atelier de l'artiste. Et sous le fauteuil, un petit museau ou juste le pied du meuble ? En tout cas il y a bien une frimousse qui apparait en haut du paravent, et deux autres derrière le sofa.  Et la petite-fille ne va pas tarder à les trouver. Va-t-elle penser à soulever les peaux de bêtes (revenues à leur place)  pour vérifier que personne ne s'est caché dessous? Va-t-elle interroger Kathleen, qui lit son journal et dira n'avoir vu personne ?


Hide ans seek, James Tissot, huile sur panneau de bois, 1878.


Je ne suis pas très sensible à l'art de James Tissot, mais j'aime le regard qu'il porte sur le jeu. Et j'ai bien aimé ces enfants qui jouaient "pour de vrai".






samedi 9 mai 2020

Les drôles de monstres de Léopold Chauveau

C'était programmé du 10 mars  au 18 juin 2020. Juste pour le grand confinement. Je vous parle donc d'une exposition que je n'ai pas vue, ni personne, au Musée d'Orsay, à Paris. 
Les dessins et les sculptures de Léopold Chauveau et notamment ses monstres. 
Le musée est fermé et il faut nous contenter de quelques images.









J'aime beaucoup ses monstres, ils ont l'air plutôt gentils, pas du tout effrayants, parfois drôles.  
Il s'en faudrait d'un rien pour que ces sculptures s'animent telles des marionnettes. Elles ont une force dans le regard, il se pourrait bien qu'elles aient quelque chose à nous dire. Quelque chose d'émouvant, qui fait sourire ou vous met la larme à l'œil, mais qui ne fait pas peur.
On  pense en les voyant  aux gargouilles des cathédrales, ou aux personnages imaginaires de Jérôme Bosch, qu'on n'appellerait pas des monstres. Mais comment les appeler ?






Ses dessins ont-ils inspiré Claude Ponti, Grégoire Solotareff, Maurice Sendack ou Tomi Ungerer ? Ils ont en tout cas touché Roland Topor, qui a dit son admiration pour Léopold Chauveau. 

Pour moi, je leur ai tout de suite vu un air de famille avec les "monstres" de Jean de Brunhoff, dans deux albums de Babar, Le Roi Babar et Les vacances de Zéphir.





Dans l'album Le roi Babar, c'est dans une double page qu'apparaissent des personnages  cauchemardesques, le Malheur, le Désespoir, la Peur, l'Ignorance… J'ai toujours aimé les regarder. J'adore la Bêtise et la Colère (en bas à gauche). 




Dans Les vacances de Zéphir, le petit singe, ami de Babar, sauve la princesse prisonnière de Polomoche et de ses amis les Gogottes. "Ils ne sont pas féroces, ils s'ennuient". C'est en faisant le clown et en jouant du violon que Zéphir délivre la princesse. On peut les contempler à loisir sur une double page puis sur quatre images où on les voit écouter une histoire, puis danser, puis dormir, monstres bien inoffensifs, très proches de ceux de Max et les Maximonstres, de Maurice Sendack.