vendredi 18 février 2022

Se déguiser, et le regard des autres

En cette époque de Carnaval, on se déguise pour parader, défiler, se lâcher… On est un autre pour la galerie, on peut se permettre de dire des bêtises, de faire des choses incongrues. On déploie des trésors d'imagination pour créer un costume loufoque ou magnifique, faire rire ou rêver.


Tête et queue, chien et ours, création Oskar &Ellen, chez Aêtre

Dans le quotidien des jeunes enfants, on n'a pas besoin du regard des autres pour se déguiser. Au contraire, ce regard gêne. Celui qui observe les joueurs, à moins qu'il ne sache se montrer très discret, ouvre une brèche dans le jeu. Il suffit de quelques accessoires pour être un  autre, pirate ou naufragé, ours ou chien, et le couffin devient bateau… Le jeu risque de se briser si un adulte, admiratif de tant de liberté, prend les joueurs en  photo. Conscients d'être observés, ils feront alors semblant d'être, non un ours et un chien dans un bateau, mais des enfants qui jouent à être un ours et un chien.

Souvent, pourtant, les enfants font appel à de plus grands pour se déguiser. Ils ont besoin d'un coup de main pour attacher un costume, trouver des accessoires, ils ont besoin d'encouragements, de complicité bienveillante. Ils se voudraient Aladin ou Reine des neiges et ne savent pas comment s'y prendre. Entre pairs, pas de souci, ils s'entraident et la phase de déguisement est vite dépassée, l'aventure ludique commence. 

En revanche, le rôle d'accompagnateur n'est pas facile. On s'amuse à habiller l'enfant selon son désir, qu'on soit bon en couture ou capable de fouiner et de transformer cartons et tissus en matériaux de rêve. Mais jusqu'où l'accompagner ? "Te voilà déguisé, maintenant joue !" ou, pire, "maintenant joue, je te regarde". Nous avons beau y mettre toute notre tendresse, toute notre admiration, le jeu de faire-semblant se perd. Le jeu narcissique prend sa place. On court se regarder dans un miroir. Et la séance de déguisement se termine en photos sur un smartphone.

mercredi 30 juin 2021

Chifoumi version COVID

 Deux enfants jouent dans le bus, face à face ils tapent dans leurs mains, puis dans les mains de l'autre, comme s'ils rythmaient la comptine Trois petits chats… Ils ajoutent à ce jeu des gestes et comptent leurs points, un peu comme à Chifoumi ou Pierre Feuille Ciseaux.

Petit à petit ils se proposent de nouveaux gestes, et comment les contrer. Si tu mets tes deux mains paume vers l'adversaire, c'est "porte fermée", à quoi on oppose "sonnette" avec les poings comme si on tirait sur le cordon d'une cloche…Mains jointes sur le haut du front fait échec à "sonnette" car cela veut dire "je ne suis pas là". 

Mains crochues comme pour mimer un un animal qui grignote : c'est le "covid". Et pour le contrer, une main frappant  le haut de l'épaule, c'est le "vaccin", ou deux mains devant la bouche, c'est le "masque", qui "recharge le vaccin".

J'ai du mal à  suivre, il y a trop de monde dans le bus, et le jeu va bon train, mais ils jouent pendant un long moment, jusqu'à ce que le garçon réclame une pause parce qu'il a mal au bras. Jouer avec rien, c'est fatigant !