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Quand Calder jouait au cirque


J'aime beaucoup ce petit cirque, et ce grand bonhomme à quatre pattes qui est en train de jouer avec les personnages qu'il a inventés avec du fil de fer, des bouts de ficelle, des riens... Ingénieux, pleins d'humour et de sensibilité. Il joue, comme un enfant joue, avec le lion, le dompteur, le chien savant ou l'éléphant... mais on entend des spectateurs, il joue donc pour un public, il ne joue plus "AU cirque", ni même "AVEC son cirque", il joue "LE CIRQUE", comme un acteur. Ces personnages, ce ne sont plus des jouets, ce sont des objets de spectacle, des marionnettes en quelque sorte. Sauf qu'il ne joue pas vraiment le jeu de l'acteur, ou du manipulateur, il met en scène son petit cirque, mais se pose là, avec ses valises, au beau milieu, sans costume, sans décors de théâtre. Il joue le rôle de quelqu'un qui joue, ils se montre jouant, il accepte le regard des spectateurs plus qu'il ne le sollicite. On comprend qu'en amont le jeu a commencé depuis longtemps, dans la création de chacun de ces petits automates. On sent le sourire qui les a accompagnés dès le début de l'histoire.

Quand Painlevé le filme en train de jouer, il a plus de 50 ans, mais quand il crée son petit cirque il en a 30. Auparavant il a travaillé en tant qu'illustrateur pour un immense cirque, celui-là même qui mit en scène un éléphant nommé Jumbo. En fait, ces animaux, ces petits artistes, sont ses premières sculptures reconnues. On a pu les admirer au Centre Pompidou il a quelques années, moi je les avais découvertes à New-York, accompagnées du film, indispensable pour les voir bouger, se gonfler, sauter. Toujours en mouvement, les créations de Calder, comme ses mobiles, mais aussi comme les jouets en bois créés pour un fabricant de jouets de Oshkosh, dans le Wisconsin, et exposés au Berkshieremuseum (Etat de Boston) : une grenouille qui saute, un poisson qui ondule, une otarie qui fait tourner un ballon sur son nez. Sympathiques, ces animaux, amusants à manipuler, mais le plus grand jeu fut certainement celui de les inventer, de trouver le mécanisme qui convenait, l'équilibre instable et le mouvement.
C'est un débat récurent, lorsque l'on parle de jeu, lorsqu'on cherche à définir ce qu'est jouer : l'artiste joue-t-il ? La créativité est-elle du jeu ? Ma foi, je crois bien que oui.

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