mercredi 25 janvier 2017

L’hiver, des ours

Un ours, je suis pourtant un ours

Le froid, l’hiver, ça me fait toujours penser aux ours. Aux ours des livres pour enfants, gentils et un peu engourdis. Qui voudraient bien qu’on les laisse dormir…


Le premier s’affaire à ramasser branches et mousses sous l’oeil goguenard des autres animaux, et s’endort tranquille dans la cabane qu’il a construite juste à temps pour l’hiver. Transis de froid,bousculés par le vent et la tempête, la poule, l’écureuil et le cochon viennent se réfugier chez lui. Mais au lieu de se tenir tranquilles, ils s’amusent comme des petits fous et empêchent l’ours de dormir. Vraiment gentil, cet ours ne perd jamais son calme contre ses visiteurs. Au printemps, débarrassé de ses hôtes envahissants, il va se construire une nouvelle cabane à l’abri des regards indiscrets. 
John Yeoman est l’auteur de cette jolie histoire, The bear’s winter house, publié en 1988 en français sous le titre Un ours en hiver. Je l’aime surtout à cause des illustrations pleines d’humour et de sensibilité de Quentin Blake.


Image du blog de manUB bouquins de poches en poche
Le deuxième s’endort pour l’hiver dans une grotte. Au printemps, le pauvre ours se fait embaucher malgré lui dans une usine qui vient d’être bâtie devant la caverne où il s’était endormi. ”Un ours,je suis pourtant un ours” dit-il, mais, du contremaître au PDG,  on lui répond qu’il n’est qu’un ”paresseux mal rasé avec un manteau de fourrure”. À lui de prouver qu’il est un ours, sinon il devra se mettre au travail comme les autres.

Identité, place dans la société de ceux qui ne sont pas comme les autres, négation de l’individu par la machine industrielle, obéissance ou révolte, il y a de quoi discuter avec les petits lecteurs, si l’on veut. Certains voient même dans la fin de l’histoire une allégorie de la retraite : enfin libre, mais trop fatigué, et trop habitué à suivre des directives, on ne saurait que faire de cette liberté.

Il existe deux versions de cette histoire.
L’auteur, Franck Tashlin, l’a illustrée lui-même, dans une version publiée à l’Ècole des Loisirs sous le titre Mais je suis un ours.







Le livre que j’ai chez moi est une adaptation d’après Tashlin, par Jörg Müller et Jörg Steiner. Un ours, je suis pourtant un ours  fut publié en 1976 aux éditions Duculot. Au contraire du trait sobre des illustrations de Tashlin, on entre là dans un monde très réaliste, où chaque image est véritable tableau. On en sort comme engourdi, souriant et triste, ballotté entre la dureté de la société et la poésie de chaque image.








Jörg Müller et Jörg Steiner sont aussi les auteurs d’un autre album magnifique, à résonance philosophique, reflet d’une société industrialisée, cruelle et liberticide,  L’île aux lapins.

dimanche 6 novembre 2016

Nos poupées en papier

Dans une boite de cigarillos, que fumait mon père, j’ai retrouvé une famille de poupées en papier.

Quand j’étais petite, c’était un de nos jeux favoris, avec ma soeur et mon frère les plus proches. Nous nous imaginions adultes, à la tête d’une famille nombreuse, et après avoir dessiné et découpé les membres de la famille et leurs habits, nous fabriquions avec des boites à chaussures leurs appartements et  leurs meubles, et puis les bâtiments alentour, l’école et l’hôpital, et la piscine…

Les Playmobil et les Lego n’existaient pas encore ni les Sylvanian families…Nous mettions en scène nos poupées en papier épais, que nous pouvions déshabiller ou habiller selon le scénario du moment, nous organisions notre vie future…


La famille que j’ai retrouvée n’est pas la mienne mais celle d’une de mes soeurs. Le nom de chacun est inscrit au crayon au dos de la poupée, avec son âge, pour les enfants :  Marc, 22 ans, Patrice, 20 ans, Isabelle, 16 ans, les jumeaux Christian et Nicolas, 11 ans, Manuel 8 ans et Marianne 4 ans. Sept enfants. (Eh ! nous aussi nous étions 7 ).
C’est amusant, maintenant que nous sommes tous grands-parents, à comparer avec nos vraies familles. J’aurais bien voulu retrouver la mienne… Je ne me souviens que du nom d’une de mes filles, Clarisse. Comment s’appelaient les autres ?
Les habits, grâce à une fente dans le dos, s'enfilaient par la tête
Je ne sais pas non plus si nous avions un métier (si oui, j’étais maîtresse, sûrement, mais mon mari ?), il me semble que dans nos jeux nous étions surtout en vacances. 

Nos grandes soeurs participaient à nos jeux en dessinant, découpant quand nous étions trop maladroits pour le faire nous-mêmes. Comme souvent quand on joue aux Lego ou aux Playmobil, la préparation d'un petit univers, l’installation, dans les plus petits détails, importaient au moins autant que le jeu qui s’en suivait. Nous avions en plus le plaisir de la création.