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Buren, un espace ludique

Mai juin 2012 : Daniel Buren expose au Grand Palais à Paris. Dans cet espace extraordinaire, sous cette verrière immense, une forêt de lignes verticales couvertes de ronds colorés, qui à la fois filtrent la lumière et la renvoient en miroirs. Selon que le soleil brille ou non, le sol se couvre de jaune, de rouge oranger, de bleu et de vert, en ronds nettement dessinés ou en couches estompées comme un fond de craies de couleurs. Dans ce lieu, contrairement à un musée traditionnel, les autres visiteurs ne sont pas une gène, ils s’intègrent dans ce tableau vivant surdimensionné qu’ils animent de nouveaux traits mouvants.
Monté sur l’escalier sous la nef, le visiteur découvre  non plus une forêt mais un champ de disques de couleur sous lesquels on devine de petites silhouettes, tandis que s’y reflète la structure réséda du Grand Palais.
Levant les yeux, c’est comme un kaléidoscope géant dont les images évoluent au gré des changements de lumière. Par chance, ce jour-là, il y a du soleil, plein feu d’un mois de juin, mais qui parfois se voile, ou disparait derrière un nuage.
Un sentiment d’espace, de bien être et de liberté. On s’y déplace chacun selon ses envies, son rythme, sa curiosité. Au milieu des adultes toujours un peu retenus, des enfants jouent, se poursuivent, dansent, encouragés par les médiateurs culturels à lier leur gestuelle et les couleurs sous lesquelles ils bougent. Cela ne dérange en rien.

 
Sous la nef de grands disques en miroir vous invitent à un jeu de vertige, dès que vous y posez le pied. Les adultes avancent prudents à petits pas comme s’ils pouvaient  tomber dans cet abîme, les enfants s’allongent comme pour plonger. Une petite fille de trois ans environ, toute de blanc vêtue, panique : c’est trop d’espace sous elle, elle se raccroche à sa grand-mère et demande à descendre. Vertige. Un des quatre types de jeux cités par Caillois, Ilinx, le vertige.
Dans l’espace rond où l’on peut prendre un café, les tables rondes et blanches se prêtent à des jeux d’ombres : sous un disque vert, l’ombre de ma main devient rouge, couleur complémentaire. Une autre alvéole arrondie accueille la librairie. Sur ces murs blancs se reflètent des formes colorées comme des anamorphoses. Illusions.
Jouer avec l’espace, la lumière, la couleur. Une évidence ici. Une sensibilité qu’il faut conserver dans un coin de sa tête pour aménager, un jour, des espaces ludiques, où, plus encore que des jeux et jouets proposés, de ces trois éléments naitra le plaisir du jeu.




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