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L’Entre-Noëls ou Cycle des douze nuits

Noël, fête des enfants, des fous et de l'âne



Je ne résiste pas au plaisir de vous parler de la fête de l’âne,  non seulement symbole de fertilité  et de plaisir charnel, mais surtout héros qui a sauvé l’enfant Jésus en le portant jusqu’en Egypte avec Marie et Joseph.  C’est au cours de la messe des vêpres, le jour de Noël, qu’il avait son heure de gloire, au Moyen-âge. Revêtu d’une belle étoffe, chevauché par la plus belle fille  du village portant un enfant dans ses bras, il était accompagné en cortège dans la cathédrale de Beauvais, ou Autun, ou Rouen, et reçu par les chanoines le verre à la main. La messe commençait par ces mots : « Des pays de l’Orient est arrivé un âne beau et puissant, de tous le plus apte à porter les fardeaux ». Pendant l’office, toutes les prières, au lieu d’être ponctuées d’ « Amen » se terminaient par des « Hi-Han !».


De Noël au 6 janvier,  l’Entre-Noëls est une période où les rites folkloriques, toujours étroitement liés aux saisons, mettent en scène les enfants et les fous, en rapport étroit avec la mort.


En pays germanique,  autrefois, c’est le temps de la Chasse Sauvage. Le dieu Wotan, dieu du vent et des morts, conduit la chevauchée des Walkyries, monté sur son cheval blanc. Il est suivi par un cortège de morts, et par Hérode et ses guerriers, en faisant un grand vacarme.

Dans Le Père Noël supplicié,  Lévi Strauss montre que dans nombre de civilisations les enfants, symboles de vie, sont du même coup étroitement liés à la mort. Ils sont comme la plante qui semble morte et qui reprend vie au printemps, comme le bulbe enfoui en terre en hiver et qui deviendra une superbe tulipe. De même qu’on navigue entre fêtes des ombres, comme Halloween, et fêtes de la lumière, qui vont de paire, de même l’enfant est à la fois mort et naissance ou renaissance.

Ainsi les 3 petits enfants que Saint Nicolas sort du saloir du boucher, où ils ont « dormi » pendant 7 ans, le temps d’arriver à l’âge de raison.

Ainsi les Saints Innocents, dont la fête, le 28 décembre, s’appelle en Allemagne et en Autriche Pfeffertag, jour du poivre ou jour du diable.


Le Massacre des Saints Innocents attribué à Brueghel (XVIe)

Si le roi Hérode s’est affolé à l’idée d’être détrôné par un enfant, c’est « de la faute » des rois mages. Cette histoire est racontée par Matthieu dans l’évangile (II).  Ils arrivent à  Jérusalem et demandent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? car nous avons vu son étoile en Orient et nous sommes venus pour l’adorer ».  Hérode, craignant d’être détrôné, les charge de jouer les espions à Bethléem et de lui rapporter tout ce qu’ils savent de cet enfant, sous prétexte de l’adorer à son tour. Mais avertis dans un songe des mauvaises intentions d’Hérode, les rois mages s’en retournent chez eux sans aller le voir. Un ange apparaît alors à Joseph et lui dit : « Prends le petit enfant et sa mère, fuis en Egypte, car Hérode cherchera le petit enfant pour le faire périr ». Ce n’est qu’après la mort d’Hérode que Joseph emmènera sa famille de l’Egypte vers Nazareth. Entre temps, Hérode, dans sa folie, aura fait massacrer 14 000 bébés de 2 ans ou moins.

Ces enfants sont morts pour qu’un roi garde sa couronne. Folie des adultes. Les fous ne sont pas ceux qu’on croit. Le 28 décembre, les enfants de chœur, à Nice, sont assis, couverts d’or, sur les stalles des chanoines. Aux Pays Bas, dans certaines régions, les enfants font la quête, reçoivent des cadeaux et peuvent se permettre d’interpeler les adultes, voire de  les fouetter avec de petites branches de gui. Investis de pouvoirs magiques, les enfants et les fous prennent quelques jours le pouvoir, jusqu’à la fête des rois.
En France au Moyen-âge on célébrait la fête des fous dans les huit jours suivant Noël. Cette fête réunissait des religieux et des laïcs, portant des masques ou des habits sacerdotaux déchirés, mis à l’envers, qui mettaient en scène, par des chants, des danses, des gestes paillards, une grande satire de l’Eglise et du Royaume. Comme nous sommes devenus sages ! Quels ânes !






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